Marioupol
La ville martyre racontée par ses habitants
Une enquête en scène présentée par Laurent Geslin
Intégral
Partie 1
Partie 2
Partie 3 disponible le 6 décembre
Partie 3 disponible le 6 décembrele 6 décembre(disponible le 6 décembre)
Vidée des trois-quarts de ses habitants, détruite en grande partie, la cité industrielle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ses habitants se sont cachés, ont subi un siège féroce, ont fui. Ils témoignent de la terrible guerre en Ukraine.
Cette vidéo de près de 35 mn a une saveur particulière pour nous, l'équipe de Mediavivant. Nous revivons, dans son intégralité, notre soirée de lancement face à 200 personnes. Un lancement réussi grâce à vous.

« Marioupol, la ville martyre racontée par ses habitants », concentre les ingrédients qui font une enquête sur scène. Les stars ne sont pas les journalistes mais les témoins et/ou spécialistes qui osent monter sur scène. Ce sont eux qui amènent les spectateurs au plus près de la guerre en Ukraine.

C'est l'historien Thomas  Chopard qui questionne la culture des habitants de Marioupol, Herman Mitish qui raconte la vie d'avant dans cette ville industrielle et dynamique, Larisa Domaeva et Anton Tverdokhliebov qui décrivent les bombardements et la fuite aveugle, ce sont eux qui donnent une réalité à la tragédie. Par leurs témoignages nous nous sentons concernés par cette guerre qui se déroule à quelques milliers de kilomètres de la France. Nous revivons le siège, la destruction, la fuite.

Chaque second mercredi du mois, vous pouvez vivre en direct cette expérience de journalisme vivant depuis Marseille. Les représentations seront à chaque fois filmées, enregistrées pour vous faire vivre l'actualité autrement.
L’équipe de Mediavivant

Une ville multiculturelle et disputée

La ville portuaire au bord de la mer d’Azov, industrielle, populaire, faisait la fierté de l’Union soviétique. Marioupol a été assiégée puis réduite en cendres au printemps 2022. Voici le destin tragique de cette ville.
Comme tout port, fournissant du travail qui plus est, elle attire une population venue d’horizons divers. La Seconde guerre mondiale redessine la ville. Il ne demeure plus que deux populations: ukrainienne et russe, qui ont chacune façonné la ville. L’historien spécialiste de l’Ukraine, Thomas Chopard, revient, sur scène, sur l’identité en constante évolution de la ville. Marioupol n’est pas complètement russe, elle n’est pas aussi ukrainienne que Kyiv. Une ambivalence difficile à tenir en temps de guerre.

Le bruit sourd de cette guerre latente gronde. Au début de l’invasion, le 24 février 2022 de nombreux habitants de Marioupol ne peuvent imaginer que la guerre est désormais là, que 80% des logements vont être touchés. Comme le raconte Herman Mitish, architecte, qui vità Nice, auprès de sa famille qui a réussi à s’échapper de la ville, les habitants ont fui en pensant revenir sous peu.

Le siège, la fuite sont à découvrir lors des deux prochains épisodes. Ce sont d’anciens habitants de Marioupol qui vous raconteront comment ils ont vécu ces événements.
L’équipe de Mediavivant

Pour aller plus loin :

L’usine d’Azovstal, le sujet de propagande soviétique devenu symbole de la résistance ukrainienne
Avant sa destruction, le complexe sidérurgique d’Azovstal était un phare de métal face à la mer, une cathédrale de fer et de feu, qui avalait chaque jour plus de 10.000 ouvriers, mais les 11 km² de l’usine ont été labourés par les bombes russes au printemps 2022. Elle avait été fondée dans les années 1930, pour profiter du gisement de fer de la péninsule de Kertch et du charbon du Donbass, et il n’avait fallu que quelques années pour que ses hauts fourneaux crachent de la fonte. En 1939, Azovstal avait établi un nouveau record de productivité, 1.614 tonnes en une seule journée, mais le complexe fut en partie démonté devant la poussée de forces allemandes, au début de l’automne 1941, puis transféré dans l’Oural.

La production repris rapidement après la Seconde Guerre mondiale, et le site industriel continua de s’étendre, car il fallait produire pour reconstruire l’Union soviétique. En 1954, l’usine devint la première d’URSS à maîtriser la fabrication de rails de chemin de fer de 25 mètres de long, et ses ouvriers pouvaient s’honorer de contribuer à édifier le socialisme. L’indépendance de 1991 sonna comme la fin d’un monde et l’usine fut privatisée au profit de l’oligarque Rinat Akhmetov, dont la fortune s’était constituée dans les années troubles de la transition. En 2014, lorsque la ville de Marioupol fut brièvement investie par les séparatistes pro-russes, ses travailleurs descendirent dans les rues pour s’opposer à la sécession. En 2022, ils n’eurent d’autre choix que d’essayer de fuir pour sauver leur vie. Azovstal fut le dernier lieu de résistance des forces ukrainiennes de la ville assiégée.
La Crimée annexée, point de départ de l’avancée russe
Le 18 mars 2014, le président Vladimir Poutine annonçait l’annexion de la Crimée. Quelques jours plus tôt, des soldats sans insigne avaient profité de la confusion ayant suivi la fuite de Victor Ianoukovitch, chassé en Russie par la « Révolution de la dignité » de la place Maïdan, pour prendre le contrôle des bases militaires et des institutions de la péninsule. Les protestations de la communauté internationale furent ignorées par le Kremlin et de violents affrontements ne tardèrent pas à se propager dans le Donbass, entre l’armée ukrainienne et des séparatistes pro-russes, qui faillirent investir Marioupol. Le grand port de la mer d’Azov resta sous contrôle des autorités de Kyiv, mais il assurait une bonne part des exportations ukrainiennes et sa position devint compliquée, puisque la marine russe contrôlait le détroit de Kertch.

Au matin du 24 février, c’est aussi de Crimée que partirent les colonnes de blindés qui devaient prendre le sud de l’Ukraine, et qui achevèrent l’encerclement de Marioupol au début du mois de mars. L’objectif du Kremlin était d’investir rapidement les côtes ukrainiennes, pour réunifier les territoires mythiques de la « Nouvelle Russie », jusqu’à Odessa et à la Transnistrie. Huit mois plus tard, et après l’évacuation de la rive droite du Dniepr par les forces russes, le front est revenu à 100 kilomètres de l’isthme de Perekop. Les axes de communication des soldats du Kremlin sont sous le feu de l’artillerie ukrainienne, ce qui est déjà une humiliation pour Moscou, qui aurait investi plus de 30 milliards d’euros pour moderniser la péninsule.

L'anéantissement d'une ville

Le siège a débuté fin février. Quand les Russes déclarent contrôler complètement l'agglomération ukrainienne près de trois mois plus tard, la ville est en ruine.
Des corps sont «recouverts de chaux pour qu'ils ne soient pas dévorés par les chiens», explique le journaliste Laurent Geslin. Le siège de Marioupol a fait vivre l'horreur à ses habitants. Elle s'est vidée aux trois-quarts et ne compte aujourd'hui qu'une centaine de milliers d’âmes.

Les images du bombardement de l'hôpital pédiatrique, du théâtre où des milliers d'Ukrainiens avaient trouvé refuge ont fait le tour du monde, marqué durablement les esprits et collé à la ville un qualificatif : «martyre».

Cette enquête sur scène donne la parole aux personnes qui ont vécu la peur constante de mourir sous les bombes comme c'est le cas de Dmitri (prénom d'emprunt) qui ne trouve pas de refuge dans le sommeil. Pour d’autres c’est la crainte de perdre un être cher. La metteuse en scène Liudmyla Kolosovych, ne pensait pas que «que les Russes pourraient un jour bombarder le théâtre», une amie comédienne se trouvait à l'intérieur.

Face à l'horreur, il n'y a d'autre choix que de partir. «La fuite» est à découvrir lors du prochain et dernier épisode. Ce sont d’anciens habitants de Marioupol qui vous raconteront comment ils ont vécu ces événements.
L’équipe de Mediavivant

Pour aller plus loin :

Les « crimes de guerre » en Ukraine
Il n’existe pas de guerre «propre», ni de conflit sans victimes civiles. Mais depuis le lancement de l’invasion du 24 février, l’armée russe s’est rendue coupable en Ukraine d’exactions répétées pouvant être qualifiées de «crimes de guerre» et de «crimes contre l’Humanité».

Les principales villes du pays sont la cible de bombardements massifs, qui sont loin de ne viser que des installations militaires. Des tortures ont été documentées, tout comme des exécutions sommaires, menées dans toutes les zones sous occupation des soldats du Kremlin. Plus de 400 personnes ont par exemple été froidement abattues dans la petite ville de Bucha, dans la banlieue ouest de Kyiv, en quelques jours de mars 2022. Selon le gouvernement ukrainien, 34 000 crimes auraient été répertoriés et doivent faire l’objet d’investigations.

Assiégée par les troupes russes dès le début du mois de mars, une bonne partie de la ville de Marioupol a aussi été entièrement rasée, sans considération pour ceux qui n’avaient pu fuir l’agglomération, et il semble difficile de penser que le bombardement du théâtre de la ville, le 16 mars 2022, ait pu être une erreur. Selon des images satellitaires prises quelques heures avant le drame, l’inscription «enfants» avait été dessinée sur le sol pour prévenir une éventuelle frappe aérienne.

La campagne lancée à l’automne 2022 contre les installations électriques ukrainiennes, qui vise à priver de courant l’ensemble du pays à l’approche de l’hiver, est venue confirmer que Moscou était prêt à sacrifier ces mêmes populations que le Président russe prétendait libérer. Le 2 mars dernier une enquête avait été ouverte par la cour pénale internationale.
Dans les médias russes la «désatanisation» de l'Ukraine
Durant de longs mois, l’invasion de l’Ukraine ne fut considérée par les médias sous le contrôle du Kremlin que comme une «opération spéciale», selon la terminologie de Vladimir Poutine, cette dernière visant à «dénazifier» le pouvoir en place à Kyiv, accusé de mener «un génocide» contre les russophones du pays.

Alors que les défaites militaires sur le terrain s’accumulaient à la fin de l’été 2022, certains analystes commencèrent à chuchoter le mot «guerre», mais pour expliquer que si la Russie était en difficulté, c’était en raison de l’implication massive dans le conflit des pays de l’Otan, et des «milliers de mercenaires occidentaux» se battant au côté des soldats ukrainiens.

Les analystes qui interviennent quotidiennement sur les principales chaînes du pays hésitent à pointer directement les responsables des revers russes, mais des blogueurs militaires actifs sur la messagerie Telegram fustigent désormais le commandement militaire et le ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

La figure de Vladimir Poutine semble pour l’heure intouchable, même si quelques voix hétérodoxes ont été préventivement envoyées sur le front, comme Igor Guirkine «Strelkov», agent du FSB et ancien chef des séparatistes pro-russes de la ville de Sloviansk, qui a officiellement rejoint une unité de volontaires en octobre dernier.

Alors que la propagande du Kremlin adopte un ton de plus en plus messianique, les médias russes n’hésitent plus à évoquer la «désatanisation» de l’Ukraine, au prix si cela s’avérait nécessaire de «frappes nucléaires».

La fuite

Rester n'est plus tenable. La cité industrielle est en train de tomber. À contre-cœur, la plupart des habitants de Marioupol décident de partir. Les itinéraires sont différents, tous sont difficiles. Durant le périple des mains se tendent : celles des pays européens et de citoyens russes, aussi.
C'est le moment du déchirement. Dans cet épisode, le journaliste Laurent Geslin donne la parole aux habitants de Marioupol qui ont décidé de fuir. Les témoignages racontent différentes expériences mais les étapes sont les mêmes. Tous ont dû quitter leurs proches, prendre une route à destination inconnue pour une durée indéterminée. Deux chemins incertains se dessinent, l'un se dirige vers l'ouest, l'autre, va vers l'est, vers le pays agresseur et les camps de filtration. Après avoir vécu le bombardement du théâtre le 16 mars 2022, Larisa Domaeva et Anton Tverdokhliebov partent à pied. Ils parcourent 30 kilomètres avant d'être pris en charge par la Croix-Rouge. Ils atterriront finalement à Vannes (Morbihan).

L'itinéraire de Mikhaïl, âgé seulement de 19 ans, est encore plus long. Il tient à évoquer l'aide inattendue dont il a bénéficié. Faisant tomber tout manichéisme, sa gratitude est adressée à des citoyens russes, entre autres ce chauffeur qui l'a aidé à passer la frontière biélorusse. Comme 60.000 autres réfugiés ukrainiens, il vit aujourd'hui en Estonie.

Le 9 mai dernier, dans une Marioupol vidée de plus de 300.000 de ses habitants, Denis Pouchiline, le président de l’auto-proclamée «République populaire de Donetsk», célébrait la victoire. «Marioupol, La ville martyre racontée par ses habitants» est à retrouver en intégralité en podcast le 9 décembre et en vidéo le 13 décembre.  
L’équipe de Mediavivant

Pour aller plus loin :

L'Estonie aux côtés de l'Ukraine
L’invasion russe du 24 février a ravivé de douloureux souvenirs en Estonie, comme en Lettonie et en Lituanie, les trois pays baltes ayant été annexés par l’Union soviétique en 1940, conformément aux dispositions du Pacte germano-soviétique, puis de nouveau à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

À Tallinn, Riga et Vilnius, on commémore la mémoire des dizaines de milliers de personnes qui furent envoyées dans des wagons à bestiaux vers le Kazakhstan ou la Sibérie et dont beaucoup ne revinrent jamais. Les gouvernements baltes ne manquent donc pas une occasion de réaffirmer le soutien sans condition qu’ils apportent aux autorités de Kyiv. Les livraisons d’armes de l’Estonie aux forces armées ukrainiennes représentent 1 % du PIB de ce pays.

De nouveau indépendants en 1991, les pays baltes accueillent aussi d’importantes communautés russophones, originaires de toutes les Républiques soviétiques, et au sein desquelles la guerre menée par la Russie laisse de profondes blessures.

Plus de 60.000 réfugiés ukrainiens sont aussi présents sur le sol estonien, et plusieurs dizaines de milliers d’autres y ont transité, après avoir réussi à fuir leur pays en passant par la Russie. Et avec l’hiver qui arrive, de nouvelles vagues pourraient encore arriver dans le petit pays.
Denis Pouchiline, le valet de Poutine
Selon les analystes observant le marigot politique de la «République populaire de Donetsk» (DNR), proclamée le 7 avril 2014 et annexée par la Russie le 30 septembre 2022, Denis Pouchiline possède une qualité qui lui a pour l’heure permis de rester en vie : son obéissance la plus totale aux ordres de Moscou.

Né dans le Donbass, il n’est qu’un homme d'affaires et politique peu connu quand éclatent les premiers troubles à Donetsk, après la Révolution de la Dignité. Communicant des milices pro-russes au début de l’insurrection, Denis Pouchiline est pourtant rapidement écarté des cercles dirigeants de l’entité, sans pour autant perdre la vie dans des circonstances obscures, comme nombre des autres figures pro-russes de l’Est de l’Ukraine.

L’homme finit par revenir sur le devant de la scène, après l’assassinat le 31 août 2018 du Président de la « République populaire de Donetsk », Alexandre Zakhartchenko, que certains disaient un peu trop gourmand, et qui entretenait des relations compliquées avec Moscou. Élu au poste de ce dernier le 14 novembre suivant, Denis Pouchiline expliquait en juin 2022 qu’il était pour la Russie nécessaire « de libérer toute l’Ukraine », pour ne pas « reporter cette lourde responsabilité sur la génération suivante ». Et c’est sous l'œil de Vladimir Poutine au Kremlin que Denis Pouchiline a signé le 30 septembre le rattachement de la région de Donetsk à la Russie.
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Toute l'équipe vous accueillera à la grande soirée de lancement de Mediavivant à Marseille. Laurent Geslin journaliste à Mediapart vous prépare dès maintenant, un article «vivant» sur “La résistance ukrainienne depuis Kharkiv”.

Vous serez ensuite invité(e)s à suivre le débat avec notre rédaction et Edwy Plenel, fondateur de Mediapart.
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